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La qualité de l’air

 

Une question encore sous-estimée

Encore aujourd’hui, la qualité de l’air reste un sujet peu pris au sérieux. Lors du dernier Salon des Maires, à la fin d’une conférence sur ce thème, j’ai échangé avec un maire d’une commune de 5 000 habitants. À ma question sur son ressenti, il m’a simplement répondu que cela ne le concernait pas, évoquant au pire quelques odeurs de fumier ou de brûlé, mais rien d’inquiétant.

Cet échange illustre un constat frappant : beaucoup de personnes associent encore la qualité de l’air à la seule perception des odeurs. Pourtant, si celles-ci sont des marqueurs sensoriels, elles ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Les véritables enjeux sont invisibles : particules fines, CO₂, benzène et autres polluants souvent inodores, mais bien présents.

Or, cette pollution atmosphérique est à 80 % liée à nos modes de production et de consommation. Tout ce que nous achetons, utilisons et jetons a un impact direct sur l’air que nous respirons. Ce sujet ne se limite d’ailleurs pas à l’air :

il est intrinsèquement lié à la qualité de l’eau, de la terre et, in fine, à notre santé.

Des leviers d’action concrets

Le transport est souvent perçu comme l’un des premiers responsables, et à juste titre. L’équation est simple : un véhicule thermique en circulation émet des particules et des gaz polluants. Mais l’impact du transport ne s’arrête pas là. Les marchandises que nous consommons, en fonction de leur provenance, génèrent elles aussi des émissions liées à leur acheminement. Plus un produit voyage, plus il consomme d’énergie et pollue air, terre et eau.

Cependant, le transport n’est qu’un élément parmi d’autres. La manière dont nous produisons – choix des matériaux, procédés industriels, utilisation de la chimie ou de solutions plus naturelles – influe directement sur l’empreinte environnementale des produits que nous achetons. La solution, l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) qui est une approche permettant d’évaluer l’impact global d’un produit, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à son recyclage ou réemploi.  Voir aussi nos cours d’ACV.

Nos modes de consommation sont donc au cœur de la problématique de la qualité de l’air. Il n’y a aucune intention de proset mais juste un manque d’information et d’automatisme. Prenons l’exemple du textile synthétique : chaque lavage de vêtements en polyester, nylon ou acrylique libère des microplastiques dans l’eau, qui finissent dans les océans, mais aussi dans l’air sous forme de microparticules en suspension. Les textiles naturels, eux, ont une empreinte différente, mais la culture du coton conventionnel reste très gourmande en eau et en pesticides. Il existe d’autre solution encore.

L’alimentation joue aussi un rôle majeur. L’usage massif d’emballages plastiques, la transformation industrielle des aliments, ainsi que l’élevage intensif génèrent des polluants atmosphériques (méthane, ammoniac, particules fines). De plus, la surconsommation de produits importés ou hors saison implique un transport énergivore qui accentue encore l’impact environnemental. Des exemples engageants ici.

En 2024, cette approche commence à prendre une place plus significative dans nos décisions politiques et économiques. Un exemple concret : l’achat de véhicules en France sera désormais conditionné par un soutien financier prenant en compte l’ACV. L’objectif est double : favoriser la production européenne et avancer vers la neutralité carbone d’ici 2050. Ainsi, les véhicules fabriqués hors de l’Union européenne seront financièrement désavantagés au profit des productions locales, plus vertueuses.

La qualité de l’air n’est pas qu’une question d’odeurs ni une problématique lointaine : elle nous concerne tous, ici et maintenant.

Le bâtiment : un secteur en pleine mutation

Autre domaine clé : la construction. Depuis l’entrée en vigueur de la norme RE2020, les bâtiments doivent non seulement être plus performants sur le plan thermique, mais aussi intégrer une analyse du cycle de vie complète. L’objectif ? Réduire drastiquement leur empreinte carbone, de la construction à l’usage. 

Cette évolution impose de nouvelles pratiques aux constructeurs et promoteurs, mais elle profite aussi aux consommateurs. Un bâtiment conçu selon ces critères sera non seulement moins énergivore, mais aussi moins polluant à l’usage. Moins de produits chimiques, moins de poussières, moins de particules en suspension : en somme, un air plus sain à respirer au quotidien, avec un impact réduit sur la santé.

Le rôle des services publics (infrastructure, services administratifs, milieu hospitalier)

Les services publics ont également une responsabilité majeure dans la qualité de l’air. Ils sont parmi les plus grands consommateurs d’énergie et de ressources, que ce soit à travers leurs bâtiments, leur flotte de véhicules ou leurs marchés publics. L’achat responsable, l’intégration de critères environnementaux dans les appels d’offres et la transition vers des infrastructures moins polluantes sont autant de leviers d’action. Par ailleurs, la gestion des déchets, l’entretien des voiries et les choix en matière de transport collectif influencent directement la qualité de l’air que nous respirons. Mais il ne faut pas tout attendre des politiques publiques. Chaque citoyen a un rôle clé à jouer. Mieux consommer, privilégier des services plus responsables, réduire ses besoins, incité au changement, tout cela contribue à améliorer la qualité de l’air. Être conscient de son impact, c’est aussi inciter les pouvoirs publics à évoluer. En exerçant une pression positive par nos choix de consommation et nos exigences, nous pouvons accélérer le changement vers des pratiques plus durables.

Et le design dans tout ça ?

Agir passe d’abord par une prise de conscience : ce qu’on porte, ce qu’on mange, ce dans quoi on vit, tout est lié. Nos choix de consommation influencent directement la qualité de l’air et, par extension, notre santé.

Alors, comment intégrer ces enjeux dans le design de nos produits et espaces pour améliorer leur impact et notre qualité de vie au quotidien ?

La qualité de l'air, c'est le reflet de nos choix : mobilité, textile, alimentation, services publics… Et si on repensait notre impact ensemble grâce au design

Pierre-Yves HuanCEO - design9