”La photographie, c'est savourer la vie intensément, chaque centième de seconde. Elle capture l'âme des moments éphémères, révélant la beauté cachée du monde.
Marc Riboudphotographe

Marc Riboud (1923-2016), c’est photographe, c’est un guetteur du monde, un témoin inlassable des bouleversements de son époque. Pendant plus de cinquante ans, son regard a capté la beauté fugace, les révoltes silencieuses, les éclats d’humanité là où on les attendait le moins. Il a arpenté la planète, des rues de Paris aux montagnes du Vietnam, de la Chine en pleine mutation aux paysages industriels d’Angleterre, toujours à la recherche de cet instant suspendu où la vérité affleure.
Son engagement n’était pas celui des discours, mais des images. Il a couvert les luttes pour la liberté, documenté les conditions de travail, saisi les gestes du quotidien avec la même intensité qu’un grand événement historique. Sa photographie ne cherchait pas à juger, mais à montrer, à faire sentir. Elle nous invite à regarder le monde autrement.
Et si cette posture inspirait aussi les entreprises et les salariés engagés dans la RSE ? Parce que capturer la réalité, c’est déjà un engagement. Parce que bâtir un futur plus responsable, c’est d’abord une question de regard, de perspective et d’authenticité.
L’art de témoigner, sans filtre
Riboud n’a jamais cherché à imposer un message. Ses images parlent d’elles-mêmes, avec cette retenue qui laisse place à l’émotion brute. La Jeune Fille à la Fleur (1967), prise en pleine manifestation contre la guerre du Vietnam, est devenue une icône de la non-violence. Pas besoin de slogans : le contraste entre la douceur de la jeune femme et les baïonnettes des soldats raconte tout.
Dans le monde de l’entreprise, l’engagement RSE devrait suivre la même logique : inutile de multiplier les annonces tapageuses, mieux vaut incarner ses valeurs par des actions concrètes. La sincérité est un moteur puissant. Comme en photographie, il s’agit de capter la réalité, sans artifice, sans fioritures.
Les entreprises les plus crédibles dans leur démarche RSE sont celles qui ne cherchent pas à embellir leur image, mais qui agissent, qui laissent parler leurs résultats. À l’instar de Riboud, elles choisissent de montrer sans tricher, de témoigner par des faits plutôt que par des effets d’annonce.
Une question d’angle et de focale
Un bon photographe sait que tout est question de point de vue. Riboud prenait le temps de chercher l’angle juste, celui qui donne du sens à une scène. Il pouvait s’attarder sur un détail qu’on aurait négligé, jouer avec les perspectives pour révéler une vérité cachée.
Les entreprises engagées dans la RSE doivent adopter cette même approche : observer, comprendre avant d’agir. Il ne suffit pas d’appliquer des recettes toutes faites, il faut interroger son modèle, repenser ses pratiques. Où met-on la focale ? Sur la performance financière immédiate ou sur l’impact à long terme ? Sur l’image ou sur le fond ? Sur une action isolée ou sur une démarche globale ?
Les salariés aussi ont un rôle à jouer. S’engager, c’est oser poser un autre regard sur son travail, sur son environnement. C’est refuser de voir uniquement ce qui est mis en avant, et prendre en compte ce qui est hors champ : les conséquences sociales et environnementales des décisions prises, les opportunités d’améliorer les pratiques, la nécessité d’agir même quand ce n’est pas visible.
Une image en mouvement
Riboud ne cherchait pas des photos figées, mais des instants de vie, capturant l’énergie d’un regard, la tension d’un geste, la poésie d’un moment volé. Son œuvre n’est pas une collection d’images parfaites, c’est un récit en mouvement, une exploration constante.
La RSE, c’est pareil : ce n’est pas une case à cocher, c’est un chemin à parcourir. Une entreprise engagée ne se repose pas sur ses acquis, elle teste, ajuste, évolue. Elle accepte que son engagement ne sera jamais figé, qu’il devra s’adapter aux défis nouveaux, aux attentes de la société, aux crises et aux opportunités.
S’inspirer de Riboud, c’est :
- Remettre l’humain au centre. Une entreprise responsable ne se résume pas à des bilans et des indicateurs, elle valorise celles et ceux qui la font vivre.
- Privilégier le vrai. Pas de greenwashing, pas de discours vides, mais des engagements mesurables et assumés.
- Élargir le cadre. Comprendre que chaque action a des répercussions et qu’une entreprise ne peut prospérer durablement qu’en intégrant son impact global.
Marc Riboud nous laisse un héritage d’images qui bouleversent, qui interrogent, qui inspirent. Son regard était une forme d’engagement : il a documenté le monde sans le maquiller, en lui donnant à voir ce qu’il avait de plus beau comme de plus cruel.
Entreprises, salariés, et si nous apprenions de lui ? Si nous regardions la RSE non comme une obligation, mais comme un engagement vivant, en perpétuelle construction ? Avec un œil curieux, une focale élargie, et un déclencheur prêt à capturer le changement en marche ?